Lisez bien la remarque sur l'AMF.
Enviromondial, un autre Norbourg?
Hélène Baril
20 juin 2006 - 07h00
Vanuatu, archipel perdu dans le Pacifique et connu pour son indulgence fiscale, ne disait rien à aucun des actionnaires d'Enviromondial jusqu'à ce qu'ils apprennent, au printemps dernier, que la technologie de leur compagnie était maintenant rendue là-bas.
Texte: Envoyer Imprimer © Reproduire
« Norbourg, à côté de ça, c'est de la petite bière », a dénoncé lundi le président du comité de défense des actionnaires d'Enviromondial, Gaétan Grimard, en marge d'une audience du Bureau de décision et de révision en valeurs mobilières (BDRVM).
Selon M. Grimard, les millions récoltés par le président d'Enviromondial, Steven Demers, auprès de petits investisseurs ne valent plus rien et c'est en partie la faute de l'Autorité des marchés financiers.
Le comité représente des actionnaires, qui détiennent 50 millions d'actions d'Enviromondial dont la valeur est de plus en plus incertaine.
L'AMF est pourtant aux trousses de Steven Demers depuis 2001 et ce dernier a reconnu sa culpabilité à certains chefs d'accusations qui pesaient contre lui, dont celui d'avoir vendu des actions d'Enviromondial, sans permis et sans le prospectus exigé par la loi.
M. Demers a même été condamné plutôt cette année à une peine de prison de 90 jours, devenant ainsi le premier délinquant financier à être mis sous les verrous.
L'AMF n'a cependant pas pu pavoiser longtemps puisque la Cour d'appel a renversé cette décision.
Steven Demers et les administrateurs d'Enviromondial demeurent toutefois sous le coup d'ordonnances de blocage qui leur interdit de toucher aux actions de l'entreprise.
Parmi les administrateurs visés par l'interdit se trouvent sa fille Nathaly, son frère Ronald ainsi que Raymond Bréard, l'ancien chef de cabinet de Bernard Landry.
Steven Demers a aussi été jugé inapte à administrer une entreprise qui fait appel à l'épargne publique.
Le 16 mai dernier, l'AMF a obtenu du Bureau de décision et de révision en valeurs mobilières que l'ordonnance de blocage soit étendue à Enviromondial International Vanuatu, l'entreprise qui a acquis la technologie de production de carburant à partir de déchets domestiques et industriels, et à United Environmental Energy Corporation, une compagnie américaine qui veut commercialiser cette technologie.
Les titres de United Environmental Energy Corporation se transigent sur le marché américain des « pink sheets », où il n'existe aucune règle de divulgation .
Ce brevet développé à Polytechnique et acquis par Enviromondial est d'ailleurs ce qui a attiré les petits investisseurs québécois.
C'est l'espoir de pouvoir exploiter un bon filon qui les a conduit à acheter des parts de l'entreprise de M. Demers sans avoir vu d'états financiers.
Enviromondial n'est jamais devenu publique et n'a réuni ses actionnaires qu'une seule fois, en septembre 2002. Aucun résultat ni état financier vérifiés n'ont été rendus publics depuis cette date.
Pour le Comité de défense des actionnaires d'Enviromondial, il est clair que Steven Demers tente de faire indirectement, avec des compagnies étrangères, ce qu'il ne peut plus faire directement, c'est-à-dire détourner des fonds.
Le comité réclame une enquête plus poussée de la Sûreté du Québec et dénonce l'incapacité de l'AMF à protéger les petits investisseurs contre les vendeurs de projets.
« Quand les taux d'intérêt sont aussi bas, c'est normal que les petits investisseurs soient attirés par ce genre d'investissement », estime Gaétan Grimard, qui ajoute que le brevet développé à Montréal en a attiré plusieurs.
« On comprend le désarroi des actionnaires, a dit lundi le porte-parole de l'AMF, Frédéric Alberro. Notre but, c'est de protéger l'actif d'Enviromondial, qui est le brevet ».
De son côté, Steven Demers, qui conteste l'ordonnance de blocage obtenu par l'AMF pour Environmental International Vanuatu et United Environmental Energy Corporation, se dit « un peu exaspéré » de voir l'AMF le traiter comme un voleur.
M. Demers affirme que le brevet a été vendu à Environmental International Vanuatu tout à fait légalement.
« Ce n'était pas mon but d'essayer de flouer les gens », a-t-il dit devant des actionnaires frustrés qui ont failli lui sauter dessus.
Les investisseurs québécois détiennent des actions sans droit de vote et n'avaient donc pas droit de regard sur la transaction, a-t-il soutenu.
« Il y a plus de 4000 actionnaires et ce que vous voyez ici aujourd'hui, c'est 12 mécontents. Alors déduisez vous-même. »
L'audience du BDRVM se poursuit aujourd'hui et la décision finale pourrait prendre plusieurs mois.